Nord-Sud au Tchad : les « deux points cardinaux » d’un conflit imaginaire

Publié le par Evariste DJETEKE

Nord-Sud au Tchad : les « deux points cardinaux » d’un conflit imaginaire

Ces dernières semaines, l’actualité nationale nous renvoie dans les épisodes sombres de nos divergences religieuses, culturelles et politiques. Des débats nauséabonds dans une société qui a plus que jamais besoin de se retrouver autour des mêmes valeurs d’antan. Les tournures ces débats politique empoisonnent de plus en plus notre opinion publique.

Un débat autour d’un livre, vieux de 12 ans  qui a soulevé encore la poussière Nord-Sud.   A propos de Nord-Sud : Voici un mot composé, au contenu géographiquement si noble, et dont l’utilisation est incontournable dans la vie de toute société humaine dans un territoire. Mais malheureusement, il est, aujourd’hui, galvaudé et vidé de son sens propre par des politiciens professionnels et ses fossoyeurs. Et, le tout, rien qu’à des fins de cupidité.

A cause d’un conflit NORD-SUD, sortit de l’imagination fertile de certains politiciens véreux,  nos vertus sont piétinées, notre histoire est ternie, notre foi est atteinte pour dire notre âme blessée. Ce pays est devenu méconnaissable, les citoyens qui le composent sont devenus tout d’un coup aphones en somme des bêtes de somme et l’appartenance ethnique commence à atteindre des degrés alarmants dans ce pays.  Certains atteints de léproserie politique versent dans une sécheresse intellectuelle en résumant le problème tchadien d’une  simplicité déconcertante : Nord – Sud ou chrétien musulman. D’autres se sachant périmer, s'arrime pathétiquement aux portes de l'inéluctable cimetière politique et à faire de la politique un folklore populaire au même titre que le « coupé décalé ».

Ces apprentis fossoyeurs de la stabilité, ces tortueux de l’unité prônent un discours qui porte les germes d’une violence incontrôlée, identitaire  et irresponsable, fonds de  commerce d’hommes politiques à l’ego démesuré, et qui tentent insidieusement de faire basculer le Tchad dans les abimes d’une énième  instabilité. Les politiques qui tiennent notre pays en otage depuis son accession à la souveraineté internationale, ont poussé leur boulimie et autres calculs machiavéliques jusqu’à indisposer certaines ethnies  et, par la même occasion, le peuple (vrai détenteur de la souveraineté). 

Depuis 1979 et bien avant, on a exhumé des histoires obsolètes, instrumentalisé les jeunes ainsi que les Chefs traditionnels et mobilisé  certaines élites  pour théoriser le conflit Nord-Sud ou musulman-chrétien et les résultats sont connus.

Après des  catastrophes ethniques et religieuses inédites dans l’histoire de notre pays (surtout celle de 1979), force est de reconnaitre qu’il est temps de s’arrêter et de faire une lecture lucide de la situation avec comme déterminateur commun l’intérêt de la République. Ne jouons pas avec le feu car tôt ou tard cette bombe finira par exploser de nouveau et croyez-moi, elle  n’épargnera personne.

Le risque est réel de voir notre pays sombrer à cause des hommes sans foi ni loi.  C’est tout le Tchad qui est sous tension. C’est tout le pays qui est aujourd’hui fracturé.  L’horizon politique n’a jamais été aussi anxiogène. Le virus de la haine et de la division ethnique est en train de se propager dans les cœurs et les esprits. Chacun s’arc-boute derrière ses certitudes. L’une des très rares réussites de nos hommes politiques et de ceux qui se disent intellectuel ; c’est d’avoir dressé les ethnies, les unes contre les autres, les communautés, les unes contre les autres.  La rançon de trente années  d’incompétence et de trahison de la parole donnée.

L’usage incessant et parfois abusif du « conflit Nord-Sud ou musulman chrétien » n’est pas l’apanage du pouvoir actuel. Tous les régimes précédents, dont certains se retrouvent aujourd’hui dans l’opposition et le dénoncent, en ont aussi usé, et parfois abusé. Et, le tout, rien qu’à des fins de cupidité.

Nous avons constaté aussi que, faute d’un renouvellement   qualitatif de son personnel politique depuis des décennies, notre pays est, aujourd’hui, malheureusement encombré par des bandes de politiciens véreux   de tout acabit, aux langues de bois, sans foi ni loi. De surcroit, ils ne sont mus, en vérité, que par leurs intérêts et ambitions personnels au détriment de celui général du peuple. En outre, ils entendent faire de la politique, leur seule et unique profession avec un slogan bien connu : « diviser pour mieux régner ». L’essentiel pour eux, c’est uniquement de gagner et quelle que soit, du reste, la manière, cela importe peu. C’est simplement par clientélisme politique qu’ils évoquent  le problème Nord – Sud. Croyez-moi, Il existe bel et bien au Tchad un conflit SUD-SUD et un conflit NORD-NORD. Les deux sont entrain d’irriguer le conflit Nord-Sud.

Par voie de conséquence, au regard de notre passé politique si déplorable, notre pays, avec une volonté politique affirmée et pour l’intérêt supérieur de la Nation, pourrait mettre fin à cette vague, de clientélisme, de vagabondage politique, infernale qui prévaut toujours et perdure encore. Et, il serait, dans le même élan et par la même occasion, utile de procéder aussi, une bonne fois pour toute, à la moralisation, des mœurs et de la vie politique  par des mesures audacieuses. Il est temps de prendre conscience que la bêtise domine notre raison de « vouloir vivre commun », et qu'il est temps d'observer la vie et notre avenir sous un autre angle, ne pourra que nous sortir de ce cercle vicieux, auquel nous sommes notre propre prisonnier. Notre « devise nationale n’est pas un slogan, mais un agenda de vie » : unité et non division, Travail et non paresse,  Progrès et non stagnation.

Autrement dit, il nous faudrait procéder au nettoyage des écuries d’Augias, en faisant une véritable moralisation de la vie publique dans notre pays. Une action, synonyme d’une révolution culturelle, afin de nous débarrasser de certaines tares et mœurs, des contre valeurs nocives à notre société.

Mais le moment est venu surtout pour le Président Idriss Déby Itno  d’arrêter de suivre ses « cascadeurs  politiques» et écouter le Peuple  s’il veut se sortir de ce dangereux tourment  politique dans lequel la nation est engluée/  Lui seul détient  le pouvoir constitutionnel d’appuyer sur le bouton d’arrêt d’urgence. Alors appuiera, appuiera pas,  ou laissera-t-il les tchadiens le faire à sa place ? En général lorsqu’un train déraille, il s’arrête. Et vous Monsieur le Président ?

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