Idriss Déby Itno joue avec son échec et se moque des tchadiens

Publié le par Evariste DJETEKE

Idriss Déby Itno joue avec son échec et se moque des tchadiens

Si le but ultime, de la politique, comme l’a laissé entendre Machiavel, est de conquérir et de conserver le pouvoir par tous les moyens, alors Idriss Déby Itno est un génie politique de notre pays. L’attitude générale des tchadiens face au long règne de Déby fait penser à la réponse de Jésus à ses disciples qui l’interrogeaient sur les détails de la fin des temps. Il leur dit : "Quant à ce jour et à cette heure-là, nul ne les connaît, pas même les anges dans le ciel, pas même le Fils, mais seulement le Père».  Tel semble être aujourd’hui l’état d’esprit de la plupart des tchadiens par rapport à la fin du règne de Déby. Nul ne connait ni l’heure ni le jour ! 15 millions de tchadiens, y compris ses adversaires politiques de tous bords, en sont réduits à attendre que la nature se charge de l’alternance politique.

Il vient par son propre vouloir  de fermer la parenthèse de son énième Premier Ministre, un croupion , sans opinion…

Idriss Déby ne disait-il pas qu’il n’y a pas d’école pour former les Président ? Il a prouvé à ces comédiens en mal de podium, venus l’écouter lors du forum et ceux qui ont refusé de venir, qu’il est plus intelligents qu’eux. Ces "représentants"  du peuple (lequel?) n’ont ouvert la bouche devant Déby que pour l’accompagner dans son discours mielleux. Point ! Rien d’autre. Et pour compléter la scène et amuser la galerie, quelques ministres de la République qui ne parlent, ne jurent et ne prennent des décisions « qu’au nom de Déby » étaient aussi de la partie. Eux aussi tous souriant comme un bébé saisissant les seins de sa maman… La mise en scène était complète avec un Kassiré Delwa Coumakoye, épave politique… Lui aussi tout souriant comme Méka, dans le « vieux nègre et la médaille ».

Quel est donc le  secret de M. Idriss Déby Itno? Pour le comprendre, il me semble, il faut non seulement lire Machiavel, mais surtout Etienne de la Boétie (1530- 1565) dans son petit et lucide essai « Discours de la servitude volontaire » qui rappelle aux dominés qu’il n’y a pas de domination sans soumission. Etienne de la Boétie voulait, comme il le dit, « seulement comprendre comment il se peut que tant d’hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations supportent quelquefois un tyran seul qui n’a de puissance que celle qu’ils lui donnent, qui n’a pouvoir de leur nuire qu’autant qu’ils veulent bien l’endurer, et qui ne pourrait leur faire aucun mal s’ils n’aimaient mieux tout souffrir de lui que de le contredire.

Chose vraiment étonnante — et pourtant si commune qu’il faut plutôt en gémir que s’en ébahir… ». Comment ne pas se poser la même question au sujet du Tchad de Idtriss Déby Itno et de ses citoyens qui ont paradoxalement enduré, ces dernières décennies, les multiples modifications de la Constitution, l’augmentation des prix, les détournements à ciel ouvert, la corruption, la paupérisation galopante, la marche vers les tortures, les t ueries, etc. dans un pays pris en otage par une oligarchie qui ne dit pas son nom ?

Idriss déby Itno a réussi pendant 28 ans à conserver le pouvoir politique, économique, militaire au Tchad. Ses adversaires politiques devraient humblement lui reconnaitre cet exploit qui lui a permis en deux décennies et demi d’asseoir le système Déby et son mécanisme de reproduction. Il est le maitre incontestable de la machine politique face à des adversaires politiques qui paraissent à court d’idées et de stratégies de redynamisation politique. C’est un fait qui crève les yeux en ce début du 21e siècle et étonne bien de gens habitués aux reflexes critiques des tchadiens. Leur fécondité discursive semble trancher avec leur émasculation politique. Tel est le paradoxe tchadien.

Certains se demandent comment Déby a pu apprivoiser les tchadiens connus par ailleurs pour leur fougue. D‘autres se demandent si ces derniers n’écument pas les plateaux de télévision et les réseaux sociaux que pour compenser leur impuissance politique. Aujourd'hui  Déby ne  laisse plus causer sur les réseaux sociaux. Si les insultes des tchadiens à l’endroit de leurs dirigeants pouvaient, comme par magie, provoquer un coup d’état, Déby ne serait plus au pouvoir. Vive la liberté d’expression ! Pendant ce temps, il gère les Tchadiens comme ses moutons. C’est à lui décider de les amener à l’abattoir ou au pâturage…

les leaders politiques tchadien aiment-ils réellement leur pays ? Ont-ils conscience des mutations politiques, économiques et socioculturelles qui s’opèrent sur le plan international sur le Tchad? Font-ils la politique pour se servir ou servir l’intérêt général ? “ Médiocrité de la classe politique tchadienne ”. L’assertion est fondée, car chaque peuple mérite sa classe politique et que, par ricochet, la médiocrité s’applique à toute la société tchadienne qui brille par son ineptie. Les tchadiens méritent Déby…. M.M.

 

Publié dans politique, opinion

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