Wari essuie un revers dans sa tentative de rachat de Tigo

Publié le par Evariste DJETEKE

Wari essuie un revers dans sa tentative de rachat de Tigo

Suite à un tour de passe financier, Wari a vu le contrôle de Tigo lui filer entre les doigts pour être récupérée par un consortium piloté par Xavier Niel, Yerim Sow et la famille Hiridjee (Crédits : DR)Le sénégalais Wari semble avoir célébré sa victoire trop tôt. En effet, l’entreprise technologique de Kabirou Mbodje vient de voir son deal pour le rachat de Tigo Sénégal remis en question, après que le vendeur, Millicom a annoncé de manière unilatérale son retrait de l'accord transactionnel et sa volonté de céder l'actif à un autre acheteur. Le groupe luxembourgeois vient en effet de renoncer aux 129 millions de dollars promis par Wari, tout en signant un nouvel accord avec le consortium NJJ, emmené par le duo Xavier Niel/Yérim Sow.

Coup dur ou simple retournement de situation comme en connait souvent le secteur des Télécoms? Le groupe sénégalais Wari vient en tout cas d'essuyer un revers de la part du luxembourgeois Millicom. Ce dernier vient d'annoncer par voie de communiqué avoir exercé « son droit à résilier son accord pour vendre ses parts de Tigo au Sénegal au groupe Wari pour 129 millions de dollars ». Une douche froide pour l'entreprise sénégalaise de transfert d'argent, dont le PDG, Kabirou Mbodje s'était fendu de déclarations optimistes après l'annonce de l'accord entre Wari et Millicom en février dernier.

«Flibusterie financière ?

«Ça montre que le nationalisme est quelque chose de vivace dans nos pays et il faut le saluer, que les entrepreneurs sénégalais peuvent reprendre des pans de souveraineté de nos économies pour le bien-être de nos populations», se félicitait Mbodje, le 31 février dernier sur les ondes de RFI. Ces paroles de satisfecit doivent avoir un relent particulièrement amer après le  double revers pour Wari, lequel, en plus de la perte de l'option de vente sur Tigo Sénégal, a appris dans la foulée l'accord de vente du même opérateur à un consortium formé par NJJ, Sofima et Teyliom Group.

A la manœuvre de cette opération de «flibusterie financière» comme l'a qualifiée un proche du dossier, l'on retrouve  NJJ qui n'est autre que la société de portefeuille privée de Xavier Niel, magnat français des télécoms et fondateur emblématique du groupe Free. Ce dernier est épaulé dans cette transaction par Sofima, une structure d'investissement dans les télécoms d'Axian Group, propriété de la famille Hiridjee. Le groupe investit dans les infrastructures et les services dans les pays situés dans l'Océan Indien et en Afrique, notamment dans les télécoms via les marques Telma, Tom, TRM et Telco OI ou encore dans les services financiers via Bni Madagascar et Myola.

La carte Yerim Sow

S'y ajoute Teyliom Group dont l'unique actionnaire n'est autre que le multimillionnaire sénégalais, Yerim Sow, dont la fortune est estimée à 350 millions de dollars par le magazine Forbes. Son groupe est divisé en 5 unités d'affaires stratégiques : Teyliom Telecom, Teylom Properties, Teylom Hospitality (propriétaire de la chaîne Mangalis), Teyliom Finance et Teyliom Industries. Présent notamment en Afrique de l'Ouest et du Centre, le groupe fait partie des précurseurs de la téléphonie mobile en Afrique, y investissant depuis 1996.

Pour autant, ce revirement de dernière minute de Millicom tue-t-il dans l'œuf les ambitions de Wari ? Le groupe espérait en effet, grimper dans la chaîne de valeur grâce à l'acquisition de Tigo. Une opération qui devait permettre à l'entreprise de transfert de fonds de proposer des «services de meilleure qualité à un tarif plus abordable» en s'appuyant son propre réseau télécoms, le deuxième du pays après celui du français Orange.

Si la vente au nouveau consortium se confirmait, se sera désormais aux challengers de NJJ de concurrencer le géant français, alors que l'image de ce dernier a été largement écornée par une série de mouvements de boycotts à son encontre. Orange est en effet accusé de proposer des tarifs prohibitifs, comparés au niveau de vie de la population. La présence de Yerim Sow dans ce nouveau pool d'investisseurs, pourrait permettre aux nouveaux actionnaires de continuer à surfer sur le sentiment de patriotisme économique qui avait surgi après l'annonce du rachat de Tigo par Wari, ce qui aurait fait de l'entreprise le premier opérateur télécom 100% sénégalais.

Pour l'instant, Wari n'a pas encore réagi au communiqué de Millicom. Amine Ater

 

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