Une étude sur le Tchad appelle la France à changer son regard et sa politique

Publié le par Evariste DJETEKE

Une étude sur le Tchad appelle la France à changer son regard et sa politique

Ce document devrait renouveler le débat sur la politique africaine de la France. Le Comité de suivi de l’appel à la paix et à la réconciliation (CSAPR), partenaire du CCFD-Terre Solidaire, a publié à la mi-avril un rapport qui revient sur dix années de politique française et européenne au Tchad. Il est signé par Roland Marchal, chercheur spécialiste de l’Afrique, rattaché au Centre national de recherche scientifique (CNRS) et à l’Institut d’études politiques (Sciences-Po Paris).

« Il ne s’agit pas d’une démarche classique de plaidoyer », explique Bruno Angsthelm, chargé de mission pour l’Afrique centrale au CCFD-Terre Solidaire. « Lorsque, avec le CSAPR, nous avons commandé ce rapport à Roland Marchal, notre objectif était de permettre aux Tchadiens de comprendre l’implication de la France dans leur pays pour avoir des éléments d’analyse pertinents. Pendant dix ans, nous avons fait du plaidoyer pour dénoncer le fait que Paris soutenait militairement et diplomatiquement ce régime, sans qu’il y ait de réelles contreparties pour assurer un meilleur avenir aux populations tchadiennes. »

Ce travail très fouillé et documenté permet au CCFD-terre solidaire de faire la lumière sur des questions politiques sensibles, avec le recul et l’intégrité d’un grand chercheur – comme cela se pratique couramment aux États-Unis. Ce rapport sort alors que les enjeux restent plus forts que jamais entre les deux pays.

Roland Marchal souligne la très grande responsabilité du pouvoir exécutif français dans la gestion de la diplomatie africaine, sous tous les gouvernements, de droite comme de gauche… S’il estime « trop tôt pour se prononcer sur celle de François Hollande », il l’épingle au passage : « (…)Beaucoup d’observateurs, de façon lapidaire, soulignent sa capacité à initier les interventions militaires plus qu’à résoudre les crises politiques qui les ont motivées…. »

…Plus loin, il pointe les différences d’attitudes des diplomates américains et français envers la société civile. Si l’ambassade américaine « a toujours fait grand cas de l’appui à la société civile », les ambassadeurs de France, l’ont eux « traitée avec condescendance, voire hostilité, car jugée complice de l’opposition et trop critique vis-à-vis du chef d’État tchadien ». Ces révélations devraient faire couler beaucoup d’encre, autant que l’analyse sur les incohérences de la diplomatie africaine de la France, qui fait peu de cas de la démocratisation face aux enjeux géopolitiques sous- régionaux. CCF/TS

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