A Mahamat Saleh Haroun, l'acteur touriste de Déby

Publié le par Evariste DJETEKE

A Mahamat Saleh Haroun, l'acteur touriste de Déby

Loin de vous faire un cours de théologie ou de "long métrage" sur la morale et la vérité, permettez moi de vous dire que vous avez déboussolé votre monde en acceptant ce cadeau empoisonné de M. Idriss Déby Itno.

Cher Haroun, Monsieur le Ministre,


Même au cinéma, le souci de la vérité est plus que prioritaire. vous devrez dire à votre monde que les informations livrées au sujet de votre nomination (RFI et Point Afrique) sont fausses ; même s’il doit comprendre que vous étiez dans le virtuel ou dans le cinéma. Si vous croyez que M. Déby vous a coopté pour le plaisir de vos films, romans et ou diplômes, alors je vous plains. C'est un reflexe opportuniste, une manière de travestir l'histoire récente de notre pays .


Si vous parlez des jeunes c’est uniquement pour manipuler votre auditoire du jour, pour mieux anesthésier la conscience de votre monde et l’embarquer dans votre univers virtuel.


Vous voici désormais dans la machine à salir et à broyer les Hommes de M. Idriss Déby Itno. Il vous faut beaucoup de courage, de ruse et d'intelligence pour déjouer les pièges et les coups bas... Sinon vous allez "tourner" avec Déby, un film sur tous les abus possibles: d'appétit, de pouvoir, de désordre, d'avarice et de lâcheté. Un film sur l'excès... comme ce personnage de l'Ubu, roi d'Alfred Jarry. Vous êtes maintenant devenu acolyte de détenteurs de pouvoir non seulement politique mais aussi morale ou affairiste. Vous perdrez votre halo à cause de contingences qui vont annihiler votre esprit et le rendrait complice.

 

En vous appelant au "secours" avec d'autres dans ce nième gouvernement, le Président Déby semble vouloir rabibocher la profonde déchirure sociale constatée dans le tissu de la nation après son élection contestée. Si après 26 ans d'une dictature implacable, gagné par l'impéritie et l'incompétence, il n'est plus en mesure de tenir le gouvernail, il doit tirer sa révérence et permettre aux tchadiens de confier leur destinée à une autre personne de leur choix.

Votre nomination comme Ministre de la culture n'est qu'un carreau de sucre dans la mer des problèmes que vivent les jeunes tchadiens au quotidien... La création de votre école de cinéma n'est pas la priorité des jeunes tchadiens. C'est un réflexe d'opportuniste. "Un jeune qui crie de douleur, de soif et de faim n'est pas un acteur de cinéma".

La confiance est irréversiblement rompue entre les jeunes que vous ambitionnez d'aider et la classe dirigeante. Désormais pour nos jeunes, c’est plutôt la mort qu’une existence sans relief, sans avenir. Plus question de vivre dans le dénuement, le désœuvrement et le ressentiment. De grâce, à défaut de satisfaire les attentes des jeunes , que vous les respectez au moins ! Ce n’est pas trop vous demandez !

Tous les tchadiens sauf vous sont excédés par les deals du régime, perpétré par des hommes et des femmes assurés d'une impunité si totale qu'ils en viennent à narguer une population désormais décidée à faire face à Déby, et à mettre fin à son régime inique.

 

Vous parlez de changement dans la capitale. Au fait, à l’intérieur du Tchad il y a des coins qui ne verront jamais passer une route et encore moins de… l’électricité pour regarder un film! Les traces du pétrole? Aucune signalétique ne les indique… Si oui détrompez-moi!

Vous ignorez royalement que les dénominateurs communs de Déby et de Habré, ce sont les malversations, le non respect des libertés fondamentales et les assassinats. Tous les deux ont balafré l'unité et le progrès du pays. Idriss Déby a donc beau revendiquer sa différence avec son prédécesseur, il n’a fait que marcher sur ses traces. Comme Habré, il a la fâcheuse propension de nous tourner en bourriques, de nous tuer. Et concernant nos deniers publics, peu importe qu’ils soient dilapidés ou non. Pour preuve, des années d’errements, de gestion politicienne et d’iniquité dans le traitement du dossier pétrole, l'Etat n'arrive même plus à payer les fonctionnaires, à faire fonctionner les hôpitaux et les université. Il n'ya que vous qui ignorez cela!

Devant l'état de délabrement extrême où se trouve le pays, ravagés par des satrapes corrompus, que ferez vous qui n'ait pas été déjà fait par les autres, cooptés dans les mêmes conditions que vous. Mahamat Saleh Haroun Même s'il se "muait" en Général Dé gaulle ne trouverait pas de solution. Certains avant vous, aussi compétents que vous ont refusé de sortir du caniveau, refusé de s’élever au-dessus de la ceinture, refusé de s’exprimer sans baver, refusé d’avoir honte, rejeté la dignité, refusé de voir l’éléphant dans le couloir, refusé de savoir lire et calculer, refusé de réfléchir, c’est cela la vraie malédiction sous Déby.

Or, ce pays est dans une situation de quiproquo, de dérives et de schizophrénie telle qu’il a besoin d’esprits alertes qui l’orientent. Malheureusement, les intellectuels qui soufflaient sur le destin national par la défense de valeurs fondée sur la pertinence, l’objectivité et la cogitation perdent, crescendo, l’autorité morale dont ils disposaient.

Vos caméras se sont éteintes aux portes de Ndjaména et s'arriment pathétiquement aux portes de l'inéluctable cimetière politique de Idriss Déby Itno. à l'exercice patrimonialiste du pouvoir à travers la promotion des membres de la famille et du clan qui constitue un ver dans le fruit.

 

 

Déby, son parti, ses "parents" et ses courtisans vont vous apprendre à vous soumettre à des exigences protocolaires qui sont sans rapport avec les idéaux qu’ils prônent. Vous y apprendrez à longer les murs, à protester mollement et à vous taire lorsque la hiérarchie vous l’ordonne. De sorte qu’arrivés au sommet de votre ascension, il ne vous restera même plus une once de l’honnêteté qui vous animait au début de votre "périple". Vous aurez alors fait trop de concessions, fermé les yeux sur trop de transactions douteuses et adhéré à trop de compromis pour pouvoir fustiger vos bienfaiteurs.

Vos caméras n’osent plus filmer les mémoires de Joseph Béhidi, Mbailao Mianbé, ibn oumar Mahamat Saleh, les massares de Miandoum, de Ngueli, Bologo, d’Abéché et de Mongo, etc. Elles n'osent plus filmer Zouhara, violée par les fils de vos bienfaiteurs et qui cherche en vain un cinéaste pour "tourner" sa mésaventure.

Au vu de tout cela, les mots ne suffiront plus. Les discours les plus savants, les rhétorique les plus mielleuses, votre école de cinéma, vos prochains films et romans ne parviendront plus à nous faire oublier l’essentiel… "Un homme qui crie n'est pas un plan de séquence".

"Je crie devant vous aux noms de toutes les victimes de Déby que vous pourriez citer vous aussi mais... Je crie aux noms de tous ces jeunes désœuvrés qui ont sombré dans l’alcoolisme ou la déraison, je pense aux destinées fracassées, aux familles disloquées. Je pense aux années et aux mois de prison endurés, par les uns et par les autres, pour épouser la Cause du Peuple. Pensant à tout cela et observant ce que la politique est devenue, je vous interpelle. Solennellement. Et je vous demande : que sommes nous devenus" ?

Si tout ce qui précède est inexact, j’aimerai que vous me démontrez le contraire! Sans énervement ni passion. Sans fausse colère ni vaines bravades. Juste avec des arguments précis et intelligibles.

Monsieur le Ministre - cinéaste, il y a plusieurs manières de se distinguer dans l'histoire de son pays et vous avez choisi la pire en prenant des raccourcis qui ont l'inconvénient d'exempter les tchadiens à vous attribuer les OSCARS du MERITE.

LE GRAT

Publié dans opinion

Commenter cet article