Le MPS : un parti créateur de misère

Publié le par Evariste DJETEKE

Le MPS : un parti créateur de misère

 

La question peut paraître simple, voire très simple mais elle est difficile à solutionner. comment faire entendre raison à des fonctionnaires et à une population démunis?. 

 
 

Le courant de contestation et de revendication des fonctionnaires qui a cours ces jours n'est que le reflet d'un mécontentement général qui va au delà de la fonction publique et qui prend ces racines profondes dans la population.

Notre pays est une terre des paradoxes. Depuis que le prix du pétrole ne vaut que de la boue, les salaires des fonctionnaires n’ont pas bougé et ne sont pas versés, mais les prix des produits de première nécessité ont flambé. Même les secteurs tels que l’électricité, l’eau, la communication, l’essence, que l’Etat pouvait subventionner, coûtent les yeux de la tête sans compter les autres produits laissés à la merci des spéculateurs du clan comme le ciment et des produits alimentaires.

 Le Tchadien se débat avec un niveau de vie à la lisière de la misère. Tout le monde se plaint, la paupérisation continue à faire des dégâts dans le bas peuple pourtant le Tchad est loin d’être un pays pauvre. Au delà du pétrole, dame nature a prévu de quoi faire des 12 millions de  Tchadiens un peuple heureux. Des milliers de surfaces cultivables, la gomme arabique, le coton, à cela s’ajoute une situation géographique très propice à l’aménagement urbain, aux entrées douanières, le potentiel humain, puis un climat idoine aux cultures vivrières et aux cultures de rente, etc.… Les atouts économiques sont en tout cas inestimables.

Mais c'est le Tchad.  Un pays où la classe dirigeante s’enrichit pendant que l’Etat s’appauvrit. Cette gestion tronquée à dessein n’est pas le fait d’un hasard, c’est la phase exécutoire d’une entente parfaite entre une race de personnes. Les secteurs juteux de l’économie ne sont pas dirigés par qui veut. Il faut être d’une certaine appartenance : ethnie, camaraderie de classe, famille politique, autant de paramètres qui peuvent faire de vous un élu ou un damné.  Les individus du même cercle se partagent les maillons clefs de l’économie et se passent les marchés. Toutes les directions et départements juteux, la douane, la raffinerie, les infrastructures, les impôts et Domaines, les grands projets,  ce n’est la que quelques  exemples, sont de leur ressort. Pendant qu’une classe de privilégies compte des milliards, le reste des tchadiens est surveillé comme du lait sur le feu . On doit chercher à savoir quelles sont vos  sources de revenu, pour qui vous roulez… A plusieurs reprises, il a été demandé à certains  de s’expliquer sur leurs réalisations surtout dans l’immobilier comme au temps de la DDS. Et pourtant, une catégorie de citoyens a la carte blanche. Elle peut détourner les biens publics à volonté, rouler dans des grosses cylindrées, s’acheter toutes les maisons et terrains les mieux placés de la capitale, ouvrir des comptes dans des paradis fiscaux.

Pour peu qu’ils soient des gens du sérail, il n’y a pas d’inconvénients. Au finish, toutes les richesses du pays se retrouvent confinées entre les mains d’une catégorie d’énergumènes. On pouvait tout de même s’en réjouir car ce sont après tout des tchadiens. Mais ici, contrairement aux expatriés qui utilisent leur argent pour créer de l’emploi et des richesses, les riches tchadiens ont deux types de peur qui ne leur permettent pas de réaliser des projets pour faire tourner leur avoir et en faire profiter leurs concitoyens. D’abord ceux qui sont riches et qui ne sont pas du sérail ont peur d’investir car on va très vite leur prêter des intentions politiques. ”Telle personne a fait tel projet de société pour s’attirer l’admiration publique à des fins politiciennes”. Pour qu’un tchadien réussisse sans escarmouche dans les affaires, il doit être du mouvement des alignés ; un non aligné a beau être un génie, il rencontrera sur sa route soit la fougue des services des impôts, soit des services de renseignement, et quant il ose se montrer trop indépendant, on lui collera des étiquettes pour l’enliser. Même les voleurs de la République qui peuvent détourner les fonds publics en toute impunité ne sont pas à l’abri. Eux aussi ont peur d’investir parce qu’on peut leur prêter des intentions politiques et s’interroger sur la provenance de leur avoir. Ils peuvent voler, se permettre toutes les escapades mais quand ils décident d’investir pour juguler le  chômage et faire des bénéfices, ils doivent avancer avec prudence. Au finish, une minorité de tchadien a de l’argent qui ne tourne pas. Cette richesse dort soit sur des comptes bloqués soit à l’extérieur voire dans des maisons. Il y a tout de même une catégorie d’hommes et de femmes d’affaires qui naît à partir de ces fonds volé aux tchadiens. Ils sont dans les BTP, dans l’import-export, dans les entreprises de publicité, dans les activités de transports, bref tout ce qui peut leur servir d’activités-vitrines pour expliquer le fait qu’ils soient des milliardaires. Leur montée en puissance pouvait être un plus contre le chômage et la faim mais c’est souvent des gens qui ont sauté du coq à l’âne. Ils ne maitrisent pas tellement le secteur où ils évoluent. Bien qu’ils profitent très souvent des faveurs fiscales, leurs entreprises ne font pas long feu.

Pourtant leur arrivée est en train de jouer contre la survie des traditionnels professionnels du secteur qui sont mis en difficulté par une concurrence déloyale des nouveaux riches. Les anciennes entreprises finissent par tomber une à une et les nouvelles aussi ne sont pas assez expérimentées pour garder longtemps le cap. Au finish, ce sont les entreprises et sociétés de tous genres qui se créent et s’éteignent. Ceux qui ont eu de l’argent de leur propre sueur ne peuvent pas investir ; ceux qui ont volé ne peuvent pas non plus investir et ceux qui arrivent à s’essayer, le font trop mal pour résister au temps et aux exigences du monde des affaires.

De l’autre côté, les recettes publiques qui devaient permettre à l’Etat de relever la pente se portent mal. Pour cause,….Le seul cas  des recettes douanières fait verser des larmes. C'est à la douane où  la mauvaise gestion et des habitudes  ont la peau dure avec Déby et  sont caractéristiques d’une usure dont il  ne pourra jamais se défaire.  Les recettes prennent toujours les chemins tortueux et non ceux du trésor. L’objectif était de pouvoir mettre facilement la main sur la liquidité pour les besoins courants loin des longues et indiscrètes formalités  bancaires qui laisseraient des traces. Le financement des marches de soutien, l’activité des liseurs de motions, voire les funérailles et autres fêtes traditionnelles et politiques ne sont pas budgétisés. Pourtant ces activités essentiellement limitées à la vie du parti au pouvoir ont mobilisé de fortes sommes au frais du contribuable. Etant donné que les DG ne sont que des hommes du sérail, quand le besoin  se fait sentir, n’importe quel DG de n’importe quelle société peut être sollicité. Ils alimentent ainsi la caisse noire de la présidence et y trouvent eux-mêmes leur compte étant donné que ce sont des opérations financières qui ne laissent aucune trace à la comptabilité. Les gens ont profité de ce système pour s’enrichir. Ils servent le Palais rose et se servent. Certaine  DG  souvent partis de rien se retrouvent aisément milliardaires. A la base, les petits exécutants continuent par se servir, les intermédiaires prennent leur part et les tout puissants Directeurs se taillent  la part du lion avant que l’argent n’arrive au grenier collectif. Nous n’avons rien contre nos frères douaniers, ce n’est qu’un exemple. Le transport, les impôts, les hôpitaux, les entreprises publiques,… les choses se font de la même façon.

A tout ceci s’ajoute la gestion scabreuse des aides des bailleurs de fonds. A plusieurs reprises, les institutions financières internationales ont vu leurs fonds détournés par les responsables chargés de l’exécution des projets au détriment du peuple. Mordus plusieurs fois, ils ont changé de stratégie. Les fonds arrivent en tranches et on suit l’exécution des projets au fur à mesure. Mais là encore, la situation n’est pas rose. L'exemple le plus éloquent est le scandale financier dans le programme de lutte contre le VIH/SIDA. Voilà pourquoi les dirigeants, assurés de l’impunité, s’enrichissent, le peuple s’appauvrit, et la faim gagne le terrain.

Idriss Déby Itno lui-même ayant été nourri à la source de biens détournés, il a gardé les reflexes et ne pourra ni aujourd’hui ni demain lutter contre les crimes économiques,  car pour bien mener un tel combat, il va falloir que lui-même s’explique sur ses avoir dans les paradis fiscaux, sur ses  patrimoines qui sont  tellement immense et lui permettent  d’être une caverne d’Ali Baba pour les mille et un "ndougourou"  qu’il entretient.

Que vaut un président militaire  qui ne peut réorganiser l'armée de son pays ?  Voilà une des raisons pour lesquelles Idriss Déby Itno partira de gré ou de force. Le tchadien ne peut pas moisir dans cette situation pendant que monsieur le Président continue à arroser son entourage de billets, d’entretenir les journalistes à sa solde. "A partir d’aujourd’hui moi-même je m’occupe de vous, les autres ont choisi l’autre camp, vous, vous avez choisi d’être avec moi, vous n’allez pas regretter" scandait le président à des confrères lors d’un voyage avant d’arroser chacun d’eux de billet de nos francs  sans compter les frais de mission.

Le nécessaire avant l’agréable. Avant le paradis que vous êtes en train de construire, à crédit d’ailleurs, le tchadien veut un salaire acceptable, un niveau de vie moins avilissant. Pour y parvenir, il vous faut lutter contre les crimes économiques. Mais si vous n’avez pas de miracle, abandonner le pouvoir avant qu’il ne vous abandonne au lieu de continuer à créer des miséreux. Meurdé avec Abi.A.

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