Tchad: Quand les obsèques deviennent une occasion de réjouissance

Publié le par Evariste DJETEKE

(Photo illustrative)./

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Entre le mariage et les funérailles, le choix est tout fait, et l’ambiance diffère. Mais au Tchad, le phénomène d’obsèques s’apparente de plus en plus à une aubaine de festivité. Primo, c’est des sommes astronomiques qui sont injectées dans l’organisation et secundo, l’effet deuil perd complètement son sens. L’accent est plutôt mis sur la restauration des invités et les sonorités les plus folles
Honorer la mémoire des défunts à tout prix est l’apanage du continent noir, et offrir des funérailles dignes aux proches décédés est une question de prestige.

Les tchadiens  bien loin de déroger à cette règle. Tous collectent, parfois pendant plusieurs jours, de quoi préparer une dernière fête à leurs chers disparus. Les proches et les amis du mort participent financièrement, et de façon spontanée, à la couverture des frais, même si la famille a prévu une épargne. Une collecte qui dure du jour du décès aux funérailles...

Ces cérémonies varient en fonction des régions et des ethnie et surtout de l'emplacement social des parents . Mais à chaque fois, les sommes dépensées sont énormes d’autant plus que la majeure partie est destinée à l’achat de nourriture et de boissons pour restaurer les invités. Une façon d’honorer les défunts et de marquer les esprits de ceux qui les ont connus. Le phénomène est assez visible dans le sud comparativement à la domination des rituels au nord du pays.

Du vendredi à dimanche, les boissons alcoolisées sont à l’honneur. Le deuil est également marqué par le choix d’un tissu qui sert d’uniforme pour conduire le défunt dans sa dernière demeure. Ce jour-là l’on pourrait voir toute sorte de modèle chez les femmes ; l’on se croirait à un défilé de mode ou à un concours de beauté... Les morts des pauvres n'ont pas ce droit... L'inégalité sociale oblige.

Au cimetière, quelques pleurs ici et là, dans les rangs de la famille éplorée et quelques amis et proches.

L’étape suivante est très impérative pour tous et c’est les « salutations d’usage ». C’est justement en ce moment qu’on se fait voir, que chaque proche ou invité se fait remarquer par la famille endeuillée, et brandit par la même occasion une enveloppe en guise de solidarité ou de compassion.

Venant de divers horizons, les convives sont multiples et font de longs trajets pour venir témoigner leur sympathie à l’endroit d’un ou des membres de la famille défunte. Par conséquent, ces derniers ont droit à un accueil remarquable et un traitement de faveur avec en prime l'inégalité sociale... Les nantis sont installés sur des divans et autres tapis moelleux, décorés... Les autres, les pauvres vivants, sont installées sur des nattes rafistolés, des bancs inconfortables... D'ailleurs ce sont eux qui versent le plus de larmes... des tonnes d'hectolitres...

Mais dans la foulée, l’objectif visé par d’autres est de bien manger, bien boire et « s’enjailler », comme le disent les Ivoiriens ; et ils s’y préparent en conséquence... Poudre de piment, cuillères et fourchettes en poche  ou dans le sac en main .

Au cours de la restauration, musique, chants et danses accompagnent la dégustation tout comme une fête ordinaire. Le menu étant essentiellement composé de mets des beaux jours. C’est en ce moment précis qu’on assiste à des tiraillements et des réclamations ; les repas et boissons étant servis selon un rang social : les distingués invités sont les privilégiés et la basse classe ( la plus nombreuse, la plus fréquente et la plus triste) vient en dernière position.

Les histoires drôles et mêmes les commérages sur telle attitude ou tel accoutrement de l’époux ou l’épouse du défunt s’invitent dans les causeries, notamment entre femmes.

Aussi, demeure un phénomène à la fois marrant et paradoxal en matière de funérailles au Tchad.

Qu’il y ait suffisamment de nourritures ou non, les bonnes femmes font des pieds et des mains pour emporter soit les restes de tables dans des sachets ou au pire des cas dissimuler quelques cannettes de bière ou de sucreries dans leur pagne ; tout ceci pour le plaisir des enfants à la maison. Certains parait-il, viennent le matin avec leur pain, attendant tranquillement le verre du thé,  du lait ou un plat de soupe.

Le comble, c’est la sonorisation à fond qui est mise en place avec des tubes les plus contradictoires pour une question de deuil. Et l’on danse à tout vent sans se soucier du contexte événementiel et tout en oubliant le pauvre disparu qui vient d’être inhumé, gisant dans le tréfonds de la terre.  Meurdé avec Unioncom

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