Tchad : Entre crise postélectorale, crise politique et révolution

Publié le par Evariste DJETEKE

Tchad : Entre crise postélectorale, crise politique et révolution

L’histoire bégaie. Le cycle élection-contestation-violence-dialogue a recommencé. Malgré les nombreuses félicitations des pays amis et de la diplomatie occidentale adressées au président « réélu » frauduleusement à l’issue du dernier scrutin, l’opposition ne capitule pas.

Plus de quatre mois après la présidentielle du 10 avril dernier qui a consacré la réélection du Roitelet d’Amdjarass, la principale coalition de l’opposition ne change pas de direction. Elle refuse toujours de reconnaître les résultats et dénonce un « putsch électoral ».

Dans la rue, la contestation de la réélection se poursuit, mais sans effet escompté pour l’instant. Le domicile de M. Kebzabo est encerclé par une horde de militaires. Des blessés sont déjà enregistrés. L’échec des manifestations prévues pourrait écorner l’image des leaders de cette coalition, à en croire plusieurs observateurs avisés de la scène politique. « La France veille sur Déby et sur ses intérêts. Rien de grave ne va se passer et la vie continue » ironise un diplomate en poste à Ndjaména.

Face à une opposition divisée, Idriss déby Itno continue sa route avec visiblement le rêve de faire un bail à vie. La coalition nationale des organisations de la société civile qui réclamait les réformes avant toute élection, depuis le « hold-up », est toujours restée silencieuse et regarde de loin. Certains partis politiques de l’opposition continuent de griller leurs compagnons de lutte qui ont pris part à cette présidentielle sans pour autant trouver de nouvelles recettes pour briser la chaîne de la continuité. Pour l’instant, on est dans l’expectative. Alors qu’à l’horizon, s’annoncent d’autres élections notamment les locales, et les législatives, l’alternance et les questions des réformes demeurent incertaines. La seule certitude, la continuité du système « ITNO».

Les Chancelleries et missions diplomatiques au Tchad sont sur le qui-vive. Toutefois en cas de contestations, il est toujours difficile de penser que le pouvoir aura à donner des ordres aux militaires de « tirer sur tout ce qui bouge » dans les rues ou d’activer des milices, sachant que la Cour Pénale Internationale est aux abois. Depuis 2007, la juridiction internationale a inculpé, toujours dans le contexte de crise post-électorale beaucoup de dirigeants africains comme les Kenyans Uhuru Kenyatta et William Ruto et l’Ivoirien Laurent Gbagbo en 2011.

Si le risque d’une crise postélectorale est donc infime, celui d’une crise politique ne l’est pas autant. On imagine mal comment le nouvel homme fort aura à gérer le pays, un pays divisé politiquement à outrance et pourra gouverner une bonne partie de la population dont il n’aura pas le crédit. Par ailleurs, le peuple tchadien a suivi avec un vif intérêt et une sympathie profonde, le déroulement de la Révolution au Burkina dont les revendications sont identiques aux siennes : requêtes sociales, débat sur la Constitution, vomissure sur des gouvernements pourris et ripoux et rejet des pouvoirs périmés. Il pourra être éveillé pour un tel soulèvement si les politiques qui veulent le changement viennent à enterrer leur hache de guerre et cessent de sacrifier son intérêt sur l’autel des profits politiques.

Publié dans politique

Commenter cet article