Indépendance du Tchad : 56 années amères, amères pour la famille de Rombaye Emmanuel

Publié le par Evariste DJETEKE

Indépendance du Tchad : 56 années amères, amères pour la famille de Rombaye Emmanuel

11 août 1960 – 11 août 2016. Le Tchad célèbre en ce jour le 56èmeanniversaire de son accession à l’indépendance.

Le 11 août 1960 à minuit raconte-t-on, l’écrivain et homme politique français André MALRAUX lisait à la lueur d’une lampe torche au nom du Général De Gaule la déclaration de l’indépendance du Tchad dans un concert d’applaudissement des lamifortains, heureux de tenir enfin la liberté tant rêvée. L’évènement serait fêté à travers tout le pays, à juste titre comme gage du peuple tchadien à disposer de lui-même. Aux historiens, le soin et le privilège de peindre d’après leur nature les fresques de cette date inoubliable. Cinquante six ans après, que peut-on retenir de cette accession à la souveraineté internationale ?

Force est de constater que le pays croule aujourd’hui sous le poids d’une dette énorme, la vraie, celle de n’avoir pas su offrir à ce peuple épris de liberté, de justice et de paix, le bonheur qui devait logiquement découler de cette nouvelle donne historique. Oui nos gouvernants nous doivent le bonheur. Nous l’exigeons.

Le blanc qui s’enrichissait sur notre dos « parti », il va de soi que cette richesse revienne et serve à assouvir nos légitimes aspirations.

Mais hélas, au lieu de servir l’intérêt général ; les régimes successifs qui se sont relayés à la tête de l’Etat tchadien, se sont livrés à de basses tripatouillages politiques, certains dans le but de ravir le pouvoir au peuple, d’autres de se garnir les panses et le peuple tchadien désabusé, affamé, martyrisé n’a que de gros yeux pour pleurer, pleurer ses morts, son malheur et scruter un avenir sans horizon.

Et pourtant une devise audacieuse (Unité – Travail – Progrès), un hymne résolu (la tchadienne) et de couleurs vives (bleu, jaune, rouge) forçaient l’admiration et le respect. De couleurs vives, il n’en est point question aujourd’hui et notre étendard n’est rien qu’un tissu d’intentions jamais réalisés. Point de bonheur à espérer, point de richesse à partager. L’exploitation de l’or noir a complètement noirci l’avenir. Seule resplendit encore la couleur rouge, symbole du sang de nos martyrs, ancêtres et jeunes sacrifiés sur l’autel de la barbarie, du cynisme et du « ôtes – toi que je m’y mette ».

Le régime de François Ngarta Tombalbaye (1960 – 1975), marqué par un retour aux sources, n’a pas été plus humaniste. Pasteurs, imams et autres qui n’adhéraient pas au phénomène de Yondo (l’initiation) étaient exécutés sans autre forme de procès.

De 1975 à 1990, le Tchad à connu une période d’insécurité généralisée qui a favorisé beaucoup d’exactions rien que pour des raisons d’appartenance ethnique ou religieuse.

Le régime du Général Félix Malloum marqué par une embellie économique nouvelle et des soucis de réconciliation nationale, n’a rien d’insolite sur le plan des droits de l’homme.

La « 3ème République » sous Hisséne Habré (actuellement en exil doré au Sénégal) se passait bien des commentaires. 40 000 personnes exécutées ou mortes en détention et 200 000 citoyens torturés. Dès lors vous imaginez le nombre d’orphelins et de veuves. À partir du mois de septembre 1984, Habré entreprit d'éliminer les élites sudistes pour les remplacer par des hommes à lui. Cette sinistre période est restée dans les mémoires sous le nom de " Septembre noir ". La justice Internationale (Justice sans frontière) a condamné HH à perpétuité. Il reste la justice de Dieu.

L’actuel Président Idriss Déby Itno, et non moins ex bras droit de Hisséne Habré, lui n’a pas fait dans les détails depuis 26 ans : les assassinats, le mensonge politique, le pillage systématique et la culture de l’ignorance sont érigés en système de gouvernement sur les ruines des crimes de son prédécesseur. L’Etat s’effrite, la République chavire et l’anarchie s’installe devant un peuple résigné… Et bien des circonstances sont là qui nous ramènent à l’éternel rouge… Le SANG, le sang des tchadiens.

La mémoire collective foisonne de termes macabres, de tristes souvenirs : guerres civiles, février 1979, septembre noir, massacres des hadjarai, des goranes, des zaghawa, des kirdis… et bien des localités renvoient à des évènements douloureux : Goré, Doba, Déli, Yinguilim, Boudouloum , etc.

Chaque régime à ses victimes et toutes les ethniques depuis 56 ans, y sont presque passées : sara, arabes, ngambaye, tounia, toubou, kanembou, zaghawa, gorane, hadjeraï… et on voudrait trouver aux tchadiens un Nord et un Sud.

Tous ces morts réclament sinon justice, au mois la reconnaissance des forfaits et une repentance collective, au moins qu’on implore leur pardon et celui de Dieu. Ces 56 années sont assurément pour le commun des tchadiens des années amères... Amères pour la famille et les amis de Rombaye Emmanuel qui va être enterré ce 11 aout fauché par une balle tirée par un militaire tchadien... Ce militaire envoyé par le pouvoir, payé avec l'argent du contribuable tchadien dont les parents de Rombaye. Amères, amères, amères.......

Publié dans politique

Commenter cet article